Éclosion
Le premier jour, bleu se vit comme une émotion sensationnelle. Il se sentait être le ciel, radieux de soleil. Joyeux comme une comptine naissante, il aimait se déposer ici où là, se déclinant ainsi en autant de nuances chaleureuses. Il se vivait à la manière du mouvement de l’air, du frémissement de l’eau. Sa simple existence révélait les beautés de l’univers. Naïf , il se croyait unicité. Puis, vint l’heure bleue, il se fit plus profond et dense. Il percevait un changement subtil et goûtait une forme d'impermanence au cœur de la continuité. S’absorbant peu à peu dans l’immensité de la nuit, il se découvrit minéral, silencieux et présent alors qu’il se fondait au cœur des strates d’ombre. Surpris des mille nuances de couleur qui l’accompagnaient dans ce voyage vers la nuit, il se mit à l’écoute et vibra au rythme d’un fredonnement ancestral. Au gré des harmoniques, de petits scintillements se posèrent sur sa partition. Toutes ces notes tissant une toile incandescente l’émurent aux larmes. Grisé, il découvrit les pluies de la nostalgie. Il se désaltéra à la source musicale et goûta l’âcreté de ses notes rouges. Oscillant entre douceur et puissance, il découvrit l'intensité du violet de l’être, hésitant entre rester là ou renaître. Les nuances de rouge l’entraînèrent vers la symphonie d’un nouveau jour. Le chant du soleil naissant le prit dans son tourbillon et il émergea d’un camaïeu aux notes d’agrumes. La floraison du deuxième jour se fit à la crête de cette symphonie sensorielle . Bleu était empreint de notes nouvelles. Il souriait aux vagues de son existence, à tout jamais amoureux de cette danse océanique dont il ne savait encore rien.
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